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Les dates que tout le monde confond

1789 ou 1792, 1914 ou 1918, 476 ou 1453. Pourquoi certaines dates glissent dans la mémoire, et comment les fixer.

4 min de lecture HistoireMéthode

Il y a deux sortes d'erreurs de date. Celle où l'on ne sait pas, et celle où l'on sait presque. La seconde est beaucoup plus fréquente, et beaucoup plus intéressante.

Presque personne ne place la Révolution française au XVIIe siècle. En revanche, énormément de gens hésitent entre 1789 et 1792 pour la naissance de la République. C'est normal : les deux dates appartiennent au même événement mental, et rien ne les sépare dans le souvenir.

Voici les confusions les plus tenaces, et ce qui les défait.

1789 et 1792 : la Révolution n'est pas la République

Le 14 juillet 1789, la Bastille tombe. Le roi est toujours roi. Il le reste plus de trois ans.

La monarchie n'est abolie que le 21 septembre 1792, au lendemain de la victoire de Valmy. Entre les deux, la France est une monarchie constitutionnelle, avec un roi qui règne sous une constitution qu'il n'accepte qu'à contrecœur.

Louis XVI est exécuté le 21 janvier 1793, encore quatre mois plus tard.

Le repère à retenir : prise de la Bastille, proclamation de la République, exécution du roi. Trois années différentes, trois événements différents. 1789, 1792, 1793.

476 et 1453 : deux chutes de Rome

L'Empire romain ne tombe pas une fois mais deux, à presque mille ans d'écart.

En 476, le dernier empereur d'Occident est déposé. C'est la date que les manuels retiennent comme fin de l'Antiquité, et c'est une convention commode plus qu'un cataclysme : les contemporains n'ont pas eu le sentiment que le monde changeait ce jour-là.

L'Empire d'Orient, lui, continue depuis Constantinople pendant près de mille ans encore. Il ne disparaît qu'en 1453, quand les Ottomans prennent la ville. Cette date-là sert traditionnellement de fin au Moyen Âge.

Le repère : 476 clôt l'Antiquité, 1453 clôt le Moyen Âge. Les deux sont des chutes de Rome, mais pas de la même Rome.

1914 et 1918 : le début et la fin

Celle-ci paraît simple, et pourtant elle glisse souvent, parce que la mémoire collective française est saturée de 1918, l'armistice, le 11 novembre, les monuments aux morts.

La guerre commence en août 1914, après l'attentat de Sarajevo en juin. Elle dure quatre ans et trois mois. Verdun, la bataille emblématique côté français, se situe en 1916, donc au milieu, pas au début.

Le repère : l'armistice est signé le 11 novembre 1918, à la onzième heure du onzième jour du onzième mois. C'est la date la plus facile à retenir de toute l'histoire contemporaine, et elle sert d'ancre pour tout le reste.

1939 et 1940 : la guerre et la défaite

L'Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre 1939. La France et le Royaume-Uni déclarent la guerre deux jours plus tard.

Mais pour la France, l'événement marquant est l'effondrement de mai et juin 1940, suivi de l'appel du 18 juin. D'où la confusion : beaucoup associent le début de la guerre à 1940, parce que c'est l'année où elle devient visible sur le territoire.

Le repère : entre les deux, il y a la « drôle de guerre », huit mois où la guerre est déclarée mais où presque rien ne se passe sur le front occidental. C'est ce trou qui brouille la chronologie.

1944 et 1945 : voter et être élue

Les femmes obtiennent le droit de vote en France par une ordonnance du 21 avril 1944, signée à Alger, alors que le pays est encore occupé.

Elles votent pour la première fois aux élections municipales d'avril 1945.

Les deux dates sont justes, elles ne répondent simplement pas à la même question. Et la France est tardive : la Nouvelle-Zélande a ouvert le vote aux femmes en 1893, la Finlande en 1906, l'Allemagne et le Royaume-Uni en 1918.

Pourquoi les dates rondes trompent

Une dernière source d'erreur, plus sournoise. Les dates qui tombent juste paraissent plus vraies.

800 pour le couronnement de Charlemagne est exact, et facile pour cette raison. Mais 1000 n'est l'année de rien en particulier, malgré la légende des terreurs de l'an mil, largement construite au XIXe siècle. Et 1500 non plus.

À l'inverse, certaines dates capitales sont désespérément quelconques : 1492, 1789, 1917. La mémoire les retient mal parce qu'elles n'ont aucune forme.

La parade : accrochez-les à un voisin. 1492, c'est trois ans avant la fin du XVe siècle. 1789, c'est onze ans avant 1800. 1917, c'est le milieu de la Première Guerre mondiale.

Les dates qui n'en sont pas

Enfin, méfiez-vous de celles qui sont données comme exactes alors qu'elles sont traditionnelles.

La fondation de Rome en 753 avant notre ère est une reconstruction tardive, calculée par des érudits romains des siècles après les faits. Le baptême de Clovis, placé en 496, est daté entre 496 et 508 selon les historiens. La Bible de Gutenberg est imprimée « vers 1455 ».

Dans le jeu de datation de ce site, ces événements sont marqués comme approximatifs et ne sont jamais utilisés dans les questions demandant une année exacte. Une question qui exige une précision que la source n'a pas n'est pas une question difficile, c'est une question fausse.

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